Depuis le début des violences en Libye, il y a environ10 mois, plus de 400.000 personnes ont fui le pays. Plus de la moitié sont des migrants, faisant de cet exode l’une des plus importantes crises humanitaires depuis la première guerre du golf en 1990.
En attendant des jours meilleurs, le camp de Choucha, près de Ben Guerdane, est devenu la première halte pour ces déracinés de la guerre. Aux premières vagues de réfugiés en transit se sont succédé des populations permanentes. Le camp s’est progressivement transformé en un lieu de vie, une ville mirage, improvisée et insolite dans le désert tunisien.
Depuis quelques jours, un premier café, puis un étalage sous tente, et enfin tout un marché a jailli de terre comme par magie. On y trouve de l’eau minérale à 1 dt la bouteille, des chips et du tabac. On se croirait dans le désert de Nubie, la terre des pharaons Noirs, et je retrouve justement l’un de ces sages pharaons. Un extrait traduit de la discussion dans la vidéo ci-dessous.
« Kerim : Salam Alaikom.
Abdallah : Wa alaikom essalam. Jamila, le thé !
Kerim : Comment vas-tu ? La nuit a été dure ?
Abdallah : al Hamdoulellah, la tente a tenu bon. Mais beaucoup de gens se sont réfugiés dans les tentes des voisins. Certains pères de famille avaient mal fixé leurs tentes au sol. Ils l’ont regretté cette nuit.
Kerim : Des nouvelles pour ton départ ?
Abdallah : Pas encore, mais c’est une question de quelques semaines, un mois tout au plus. Mais où que j’aille, je n’oublierai jamais ce que la Tunisie a fait pour nous. Elle nous a offert l’hospitalité et nous a tendu la main. Pour nous qui sommes de passage, c’est une chance inespérée. Même si nous manquons un peu d’eau minérale, nous sommes très reconnaissants d’être ici aujourd’hui, nous ne sommes plus des voyageurs égarés. »
Kerim : Racontes-moi un souvenir, quelque chose qui t’a marqué
Abdallah : Ce souvenir voyage avec moi depuis mon enfance. Un jour, j’ai demandé à mon père de m’acheter un ballon. Et au bout d’une semaine, comme il ne l’avait pas fait, j’ai volé ses chaussettes pour en faire un ballon. En rentrant, il découvre mon ballon et me demande. « Abdallah, c’est quoi ça ? ». Je lui réponds que c’est un ballon fabriqué avec des chaussettes ! Etonné, mon père me dit avec un sourire « Avec des chaussettes ? Si c’est comme ça, ce n’est pas un ballon que je vais t’acheter mains une usine à ballons !»
by Kerim Bouzouita, Tunisia





